CHEIKH ANTA DIOP
LES ENJEUX PRAGMATIQUES DU SAVOIR
Le visage du monde change sans cesse. Les crises et les idéologies d'hiér appartiennent aujourd'hui à un ordre vermoulu. La révolution des paradigmes du savoir, l'avancée techno-communicationnelle qui nous plonge dans
l'age de l'accès et autre progrès liés à cet age mondialisant nous invitent aussi à changer nos modes de pensée. De la sorte parlé négritude aujourd'hui, c'est, en plus d'utiliser des concept sédimentés, se placer dans un age révolu de l'histoire. Car ne l'oublions pas, la négritude comme pensée soeurs des deux bords, appartient à une époque dépassée sur l'axe du temps. Et, pour le sens commun, à moins d'etre un romantique occupé à ressusciter les fantome du passé et incapable de composer avec son temps, on ne voit pas comment et en quel sens les concepts de négritude et autres du meme genre pourraient etre opératoires par rapport au crises dans lesquelles nous sommes embarquées.
Pour le sens commun, l'ordre commun, l'ordre du monde ayant changé, des concepts nouveaux étant nés pour décrire la nouvelle réalité, il serait urgent pour qui regarde la scène des savoirs d'adapter nos concepts à quelque niveau que ce soit au new way of life. Et ce nouveau mode de vie, mondialisant dans son langage comme dans ses pratiques du conduit vers quelque chose comme un métissage qui déplace considérablement le manicheismede naguère vers un univers métissé. Sans doute, celui d'on Senghor parlait en terme de rendez-vous du donner et du recevoir.
En reprenant aujourd'hui la parole sur Cheikh Anta Diop, nous courons le risque d'etre «
démodé». Et c'est précisément cela qui nous conduit à revoir cette pensée pour lire encore ce qui elle reste, pour nous, une leçon de subversion. Il est vrai que en sontemps le penseur sénégalais a porté avec sa pensée, très haut, l'éspoir d'une
Re-naissance de l'Afrique. Mieux, il était avant tout question de revenir sur un paradigme, celui-là meme qui itéré dans le discours de la philosophie, travaillait à exclure l'altérité de l'horizon savant, ce qui, à notre avis, s'est joué de grave c'est la transformation de cet autre objet de savoir en vue de produire une technique de domination politique.
Et pour C. Anta Diop, comme pour d'autres, l'objectivation de l'altérité justifiait encore plus son rejet et son asservissement. D'ou la nécessité, pour lui re-lire à partir d'une nouvelle grille, l'histoire pour voir si les
Nation Nègres étaient des nations de
culturs. Au lieu de cela, il fit la découverte de
l'Antériorité des civilisations nègres. Une telle découverte signifiait simplement, le retrait, la queue entre les jambes, de théories de l'aliénation d'un certain Gobineau ou d'un certain Hegel. Dans l'esprit de ce savant africain ce qui se jouait de fondamental c'est l'idée d'une connaissance au service de la libération. Invitant ainsi les africains à leurs propres majorité par le savoir. L'idée forte ici c'est que le savoir a servi l'aliénation en meme temps que la justification de cet acte. Il a poursuivi un but utilitaire en produisant des concepts réifiant pour justifier les pratiques de l'esclavage et de la colonisation.
La pensée de Cheikh Anta Diop est donc allée chercher dans le self questionnement de l'histoire la confirmation ou non des postulats de la
raison ethnophilosophique occidentale. C'est donc le plan dans le pan de la connaissance que Diop est allé chercher la possibilité de la déconstruction d'un paradigme, celui d'une Afrique prélogique dormant son someil dans la nuit de la pétulance. De la barbarie claironnée par l'autre discours, il aboutissait à la civilisation négro-pharaonique plusieurs fois millénaire. Nous apprenant que les Grecs eux mêmes faisaient leurs humanités du coté de thèbes alors nègres. D'ou le mot désormais célèbre: «
armez vous de science jusqu'au dents». La est le moyen de libération de cette Afrique qui avait désappris d'elle-meme, de son histoire et de ses possibilités.
-Du pragmatisme diopien comme déconstruction d'un ordre du savoir.
L'intélligence du discours diopien c'est à la fois la conscience éveillé de la fonction missionnaire du savoir. Savoir jamais neutre mais portant la marque de son temps, de ses préjugé. Sans doute, celui qui fut l'élève de Bachelard n'a pas perdu la leçon du maitre: psychanalyse le savoir pour comprendre que l'esprit qui vient de la science n'est jamais jeune, vieux qu'il est de ses préjugés. Ainsi que l'enseignait l'épistémologue, c'est dans l'acte meme de connaître et non dans l'obscurité des faits qu'il faut trouver l'obstacle épistémologique. L'ésprit est a lui meme son propre obstacle épistémologique. L'ésprit est le fils de son temps; de ses besoins. Il porte avec lui pensées inavoués. Cette prise de conscience d'un ordre du discours travaillant la raison ethnophilosaphique occidentale et motivant ses déductions le conduit colossale de la déconstruction falsificationniste, mais la création d'un paradigme partant de l'ethnos africain.
Le pragmatisme diopien est une invitation faite aux africains de prendre en main la plus décisive de leurs résolutions, l'édification d'une science affranchit de l'ordre ethnophilosophique occidentale et tenant ses fondements dans nos propres représentations, favorisant la construction d'un vivre-ensemble. Pour Diop la libération passe d'abord par la maitrise d'un savoir, savoir endogène, ébranlant par la rectification l'ancien Ordre et perméttant de lui substituer un ordre nouveau fondant l'essor du continent. Il n'y a pas de neutralité axiologique de la science. C'est pourquoi la science en africaine est indispensable pour un déploiment des forces de libération. Elle rend caduque les allégations et conduit vers un mouvement de subversion.
Du pragmatisme diopien comme solidarité. La réhabilitation historique par les actes de production scientifique entrainent l'éffondrement des arrières-mondes. Il est question désormais de créer ses propres croyances et valeurs. C'est à partir de ses représentations qu'il se définit dans son etre. Ce qui revient à dire que seules sont valides ou susceptibles de l'etre, celles qui solidarisent les africains pour la construction de communauté. Les valeurs opératoires sont celles porteuses de dynamisme permettant au sujet d'espérer, de réaliser en prenant acte du sens du monde, de l'histoire et de l'identité dans lesquelles se tissent leurs co-appartenance profonde. Tout part d'un ethnos, ethnos africain qui pose le terrain d'expréssion et de relation à l'altérité, entrevue ici comme un potentiél un interlocuteur conduisant vers un métissage, non plus universelles, vide, mais ethnocentriquement déterminé dans ses charges significatives. C'est une conception qui s'ouvre au monde en s'enracinant dans idéités. La lecture du monde est déjà catégoriél, les croyances produites, produisent à leur tour les schèmes à priori de la représentation du monde et de toute relation à l'altérité. Cela, convenons le, ne constitue pas de l'ethnos est fermé à d'autres ethnos qui le co-origine dans la contemporaeitée de leur là mondain, tenu dans l'ouverture du dialogue. Au contraire, cela signifie que le regard sur l'autre sera porté à partir de ce sol axiologique qui détérmine mon ipséité ouverte à quelques désapprentissage et à ne prendre d'un autre ethnos que des axiomes conduisant à solidarité nécéssaire au bien vivre du vivre-ensemble. La relationdialogique à l'autre ne cherche plus l'objectivité dont on sait l'éphémérité et la ruse. Mais au contraire elle cherche les conditions de construction d'un espace de vie sociale conflictuéllement stable sans lequel on s'accorderait sur l'éssentiél, la communauté solidaire. L'ethnos est la figure cadre. C'est en elle, dans ce qu'elle schématise que se déroule la relation à cet autres pour déterminer notre propre prospectives celles des autres avec l'on dialogue. C'est en elle que nos représentation dialoguent avec des autres pour déterminer notre prospective ainsi que nos perspectives actuélles et celles que nous portons comme
com-potentialités appelées à advenir.
Il serait peut-etre intéressant d'intérroger la pertinence qu'il y'aurait aujourd'hui à regarder cette pensée diopiénne. On sait que les pensées disent
sèmes. Elles expriment l'état de l'histoire à un moment précis de son énonciation. Elles sont des réponses explicites à des questions que posent leurs temps et leurs espaces. Se pourrait-il qu'elles gardent en elle quelque chose capable de fournir ne serait ce que des pistes d'explications? La question ici étant réelément de reinterpréter et se réapproprier un discours dont les éléments théoriques gardent leurs vitalité pour se poser comme concepts d'élaboration du sens de notre modérnité. Evidemment, nous ruinons l'ironie faussement naïve de cette caducité proclamée autour du débat sur la Négritude et l'ethnophilosophie savante et dont on se servirait dans les joutes rhétoriques des discussions de couloir. Comme si la mondialisation et ses outils de connections planétaires avait changer les rapports de domination dans le monde.
En fait, le contexte inviterait à se connecter dans la grande toile comme si les valeurs symboliques qu'elle offre sont une ensemble d'énoncés métisses neutres qui définirait sans réserves aucune notre
être-au-monde-avec- l'altérité. La connexion, il n'y a que la connexion pour etre pas être du tout dans cette ère de construction d'une culture du monde débarrassées des viéilles querelles d'hiér pour nous donner à vivre dans un lieu d'éxpréssion totale de liberté, dans le marché. A qui donc profiterait cette connexion qui déconnecte de l'éthnos. Et l'on voit aujourd'hui que même lorsqu'elle ne parvient pas a percer notre rapport elle ruse en se parant de nos jours de
l'ethnomarketing dont le but est d'aller chercher les derniers résistants de l'impérialisme de la chose. Ceux qui entrés dans l'ataraxie ne regardent les vitrines de la modernité et leurs réseaux d'objets éphémère que comme des accessoires non Nécessaire à la vie bonne et renoncent à tout nomadisme ésthétique.
L'ethnomarkéting est ce nouveau visage de l'offensive du marché, vu que les individus sont craintifs devant les objets n'intégrant pas les schèmes de leur ethnos. L'ethnomarketing veut offrir une visibilité ethnique et
pan-éthnique de l'objet.
Si les temps semblent changer en surface, sous les récifs, le rapport de réalité est encore, le même. La domination s'est métamorphosée, sa sémantique politiquement correcte passe par la voie soft. Le marché c'est poursuit de la domination par l'autre moyens, mais il est toujours question de cette rationalité qui étend son emprise en produisant un discours qui aliéne les aliénés à leur propres aliénations à travers les choses et les symboles de l'hyperéalité de tous ces
artefacts (Dérrida). Et l'afrique est toujours le continent à séduire, à apprivoiser. Or jusqu'à présent, elle ne résiste, incapable qu'elle est de se forger des catégories de production et d'interprétation de sa propre réalité. Ouverte à tous les discours poreux venus outre-atlantique comme si de son sol aucune vision pragmatique, opérante ne pouvait permettre un discours. Naguère mal partie, elle ploie toujours sous les formalisations abstraites et a priori d'expert en tout genre qui après la
civilisation lui apportent sur un plateaux théories et des catégories sensées la porter au stade suprême du
dévellorpement. Se pliant au formalisme dogmatique de l'autre, elle ne tiens même pas comptes de l'avis de ses propres experts comme si la lumière ne venait que de l'occident. L'affaire est viélle car nous savons depuis qu'en pays, nul ne peut faire prophétie. Diop lui-même a eu pour premier adversaire son propre président en personne de l'illustre Senghor. Et pour Diop le mal de cette Afrique est qu'elle continue à être objectivé et qu'au lieu qu'on se mette à l'écoute de sa réalité, on continue de l'enfermer dans la lectures volontairistes des grilles de savoir narcissiques, ne cherchant pas notre solidarité, mais leur propres reflets en nous et forgeant insidieusement la balkanisation du continent.
Nous sommes embarqués dans le grand bolide de l'homogéneisation. La Grande machine gomme les différences, mais trace dans son sillage ses représentations. Notre perception du monde sera encore celle de l'autre au cours de ce siècle. Là où Diop invite à voir l'autre à partir de nous-même pour nous approprier celles de ses valeurs qui favoriserait notre
être-ensemble. Comment dès lors ne pas comprendre la nécessité, d'une autoproduction du sens et des outils que la modernité met à notre disposition. Les problèmatiques d'hiér n'ont guère changé même si la césure ne transparaît plus formellement, mais le propre du discours c'est de porter des non-dits comme vrais réalités. Sortis de la symétrie le manichéisme s'est lui-même volatilisé pour laisser la place à un métissage que se situe l'inquiétude de notre temps. Ne pas comprendre que les barbares d'hiér sont simplement les sous-développés d'aujourd'hui et inversement les développés d'aujourd'hui sont les Cvilisés d'hier. Ainsi ces nouvelles dénominations ne sont les catégories d'hier remisent au goût du jour tant la mode est politiquement correcte.
Sur l'axe du temps ces catégories demeurent opératoires et servent dans leurs technique ceux qui produisent. Les enjeux pragmatique du savoir aujourd'hui sont à comprendre comme l'auto-production du sens. Le savoir doit être ethnique. Ce n'est qu'à cette condition qu'il est possible de former, pour nous-mêmes, des catégories réelles d'auto-affirmation. Seul le sens autoproduit et solidarisant les peuples et les individus autour d'un axe de cohabitation commun peut être reconnu comme opératoire. Cheikh Anta Diop a perçu mieux que quiconque l'enjeu pragmatique d'élaborations épistémologique pour construire la communauté des peuples africains.
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Stève-Wilifrid Mounguengui